- Feb 2, 2025
Le burn-out autistique
- Julie Dachez
Peut-être avez-vous déjà entendu parler du burn-out autistique ? C'est un type de burn-out spécifique à la population autiste qui diffère du burn-out professionnel et de la dépression. Il n'existe que quelques recherches à ce sujet, qui permettent d'en cerner les caractéristiques, les facteurs de risque et facteurs de protection. Je vais parler ici principalement des caractéristiques (pour le reste, sachez que je détaille tout dans mon live "L'autisme, autrement" au chapitre sur la santé mentale).
Caractéristiques du burn-out autistique
1°) Épuisement
La personne autiste se retrouve dans un état de fatigue chronique intense, aussi bien physique que mentale, ce qui va avoir un impact dans tous les domaines de sa vie. Un homme explique que cette fatigue est liée au fait de devoir vivre dans un monde inadapté :
"On m'a dit de nombreuses fois au fil des années : 'Mais POURQUOI es-tu si fatigué ? Qu'est-ce que tu as fait ?'... La vérité brutale c'est que, pour une personne autiste, simplement EXISTER dans le monde est épuisant - sans parler de conserver un emploi ou d'avoir une quelconque vie sociale. Et beaucoup des recommandations standard pour 'améliorer la santé mentale' (comme voir plus de gens en vrai, passer moins de temps sur internet, rester assis et être 'calme') ne font qu'aggraver les choses... Nous avons besoin de BEAUCOUP de temps de repos pour récupérer de ce qui, pour la plupart des gens, sont les choses ordinaires de la vie."
2°) Retrait social de la personne autiste
Les autistes en burn-out ont besoin de se retirer du monde social pour se préserver et récupérer.
"Je sais que j'ai tout simplement besoin d'exister dans ma propre bulle pendant un certain temps, et chaque seconde où je ne le fais pas est une seconde où je me sens encore plus mal."
"Je me suis retiré des situations sociales."
3°) Problèmes de fonction exécutive[1] et perte de compétences
Le burn-out autistique s'accompagne souvent de troubles cognitifs, comme des difficultés à se concentrer ou à réaliser des tâches qui étaient faciles à faire auparavant. D'autres décrivent une perte de compétences, comme ne plus être capable de socialiser ou de prendre soin de soi. Cela peut être très inquiétant pour la personne, qui ne sait pas si elle va retrouver ces compétences un jour.
"Je n'arrivais plus à réfléchir, je pleurais tout le temps et je me retrouvais dans une sorte d'état de fugue. Je pensais que je devenais folle."
"Je n'avais vraiment pas envie de sortir du lit chaque matin. Je n'étais plus capable de faire les choses normales du quotidien comme me doucher, cuisiner, nettoyer."
4°) Tolérance réduite aux stimulis
L'hypersensibilité sensorielle est exacerbée, les personnes autistes ne supportent plus de stimuli qu'elles toléraient auparavant. Cela les conduit à se retirer du monde (cf point 2°).
"J'ai trouvé certaines choses plus angoissantes que d'habitude : les bruits soudains ou forts, les lumières vives ou qui clignotent."
"Je ne supporte plus les mariages comme avant, il y a trop de discussions, trop de stimuli sensoriels, trop d'interactions."
Facteurs de risque et de protection du burn-out autistique
1°) Camouflage de ses traits autistiques
Le camouflage est un des facteurs de risque identifié pour le burn-out autistique. Le camouflage, qui consiste à utiliser diverses stratégies pour dissimuler ses traits autistiques et essayer de se conformer aux normes sociales des personnes neurotypiques, a en effet de lourdes conséquences sur la santé mentale des personnes autistes ! Il est associé à une augmentation des symptômes d'anxiété, de dépression, et d'épuisement émotionnel. Les personnes qui camouflent parlent fréquemment d'un épuisement psychologique profond, pouvant mener à un "burn-out autistique", avec une perte d'identité, un sentiment d'inauthenticité et des difficultés à maintenir des relations sociales authentiques.
2°) Parler de son autisme et bénéficier d'aménagements
A l'inverse, le fait de pouvoir faire tomber le masque, de s'adonner à ses intérêts spécifiques, de stimmer en toute liberté, et de bénéficier d'aménagements (en étude ou sur son lieu de travail) font partie des facteurs de protection identifiés. Concernant les aménagements, j'en profite pour rappeler qu'ils ne sont pas un traitement de faveur, mais un droit ! Dans la formation "Vers une carrière épanouissante : guide pour les personnes autistes" je propose une liste non exhaustive des aménagements qui peuvent être demandés.
Comment mesurer le burn-out autistique ?
Des outils de mesure sont en cours de développement pour déterminer la sévérité du burn-out. Il s'agit de questionnaires que les personnes autistes remplissent elles-mêmes, comme le Autistic Burnout Severity Items (ABSI). Un autre outil, spécifique aux femmes, est également en création : le AASPIRE Autistic Burnout Measure (AABM-NL). Développer un outil spécifique aux femmes est important car elles sont sous-diagnostiquées, diagnostiquées tardivement, et camouflent plus que les hommes. Elles pourraient donc être davantage exposées au burn-out autistique.
Sources :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34088219/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36637292/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35416430/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32851204/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38916695/
[1] La fonction exécutive permet à une personne de s'organiser dans le temps, de planifier ses tâches et de gérer son temps, entre autres.
[2] "Stimmer" est dérivé de l'anglais. C'est le terme souvent utilisé par la communauté autiste pour désigner les comportement répétitifs, comme battre des mains, fixer un objet en mouvement, toucher une peluche etc .
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